
Introduction
Les relations entre le Royaume d'Arabie saoudite et le Royaume de Belgique se sont muées en un partenariat de plus en plus solide, englobant le dialogue politique, le commerce et l'investissement, la logistique, la santé, la technologie, l'industrie et la coopération en matière de sécurité. Si cette relation a traditionnellement été caractérisée par des relations politiques et des échanges commerciaux en expansion, la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et les compétences économiques et technologiques pointues de la Belgique ont ouvert de nouvelles perspectives pour une coopération plus approfondie. Parallèlement, la dégradation du contexte sécuritaire régional à l'horizon 2026 a conféré une nouvelle dimension aux relations bilatérales, notamment dans les domaines de la sécurité maritime, des technologies de défense et de la protection des infrastructures critiques.
L'importance des relations saoudo-belges réside dans la complémentarité des deux économies et de leurs positions internationales respectives. L'Arabie saoudite offre un marché vaste et en pleine mutation, une capacité d'investissement considérable, des ressources énergétiques et une influence régionale croissante. La Belgique apporte son expertise en matière de logistique, d'exportations pétrochimiques via le port d'Anvers-Bruges, de produits pharmaceutiques, de santé, de fabrication de pointe, de technologies numériques, de chimie et de sécurité maritime. Sa position au cœur de l'Union européenne constitue un canal privilégié pour l'engagement de l'Arabie saoudite auprès des institutions et des marchés européens. L'avenir de cette relation s'articule donc autour de trois axes principaux : la coopération économique et technologique liée à la Vision 2030 ; la logistique, le développement industriel, le développement durable et les matières premières critiques ; et le renforcement de la coopération en matière de défense et de sécurité maritime. La coordination politique sur les questions régionales y ajoute une dimension supplémentaire de plus en plus importante.
Fondements historiques et développement des relations bilatérales Les fondements des relations saoudo-belges remontent à plus d'un siècle. Dès la période de formation du Royaume, les dirigeants saoudiens et belges ont établi des contacts politiques précoces, et des visites de haut niveau ont contribué à consolider les liens bilatéraux.
La Belgique a ouvert sa mission diplomatique à Djeddah en 1954, et les deux pays ont par la suite développé une représentation diplomatique permanente et des canaux institutionnels de coopération politique et économique. Au fil du temps, les relations bilatérales se sont étendues au-delà des échanges politiques pour inclure le commerce, l'investissement, l'éducation, la culture et la coopération commerciale. Les consultations politiques se sont également structurées. La relation a ensuite pris un nouvel élan grâce à un engagement ministériel continu et à la préparation d'une importante mission économique belge en Arabie saoudite en 2026.
L'engagement économique est devenu particulièrement important avec l'entrée croissante des entreprises belges sur le marché saoudien. Les missions économiques belges au Royaume ont contribué à établir des réseaux commerciaux entre les deux pays. Le Conseil d'affaires saoudo-belgo-luxembourgeois, créé en mars 2022, a également fourni un mécanisme institutionnel pour faciliter les contacts d'affaires et identifier de nouveaux domaines de coopération économique. Le mandat du Conseil comprend l'ouverture de nouveaux domaines de coopération qualitative et la facilitation du commerce et des investissements entre les deux parties.
Transformation économique, commerce et investissement La coopération économique demeure au cœur des relations belgo-saoudiennes. Les échanges bilatéraux se sont intensifiés : l’Arabie saoudite se classe au 27e rang des clients de la Belgique (3,1 milliards d’euros) et au 30e rang des fournisseurs (2,3 milliards d’euros) en 2025. La composition des échanges reflète également la diversification croissante de cette relation, les produits chimiques, les machines et équipements, les matières plastiques et les produits minéraux constituant des composantes importantes du commerce bilatéral.
La prochaine phase de la coopération économique s’inscrit de plus en plus dans l’objectif de l’Arabie saoudite de développer ses capacités industrielles et technologiques nationales. Les entreprises belges peuvent contribuer à ce processus grâce à leur expertise pointue dans les secteurs pharmaceutique, chimique, de l’ingénierie, des technologies médicales, de la logistique, de la fabrication de pointe et des solutions numériques. Pour l’Arabie saoudite, l’objectif n’est pas simplement d’accroître les importations, mais d’encourager l’investissement, la localisation de la production, le transfert de connaissances, la formation, les coentreprises et le développement des chaînes d’approvisionnement nationales.
La mission économique belge en Arabie saoudite, prévue pour novembre 2026 et conduite par Sa Majesté la Reine Mathilde, représente une occasion privilégiée d'approfondir les relations bilatérales. Cette mission, axée sur Riyad et Dammam, réunira les autorités fédérales et régionales belges et des entreprises souhaitant nouer des partenariats au sein du Royaume. Ses axes prioritaires – logistique, technologies numériques, santé, développement durable, matières premières critiques, défense et hôtellerie – permettront de faire évoluer les relations économiques bilatérales, passant de transactions ponctuelles à des partenariats sectoriels plus larges.
La logistique, en particulier, constitue l'un des domaines de complémentarité les plus évidents entre l'Arabie saoudite et la Belgique. La position stratégique de l'Arabie saoudite, au carrefour de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique, est essentielle à son ambition de devenir une plateforme logistique mondiale. Le Programme national de développement industriel et logistique du Royaume vise à renforcer les capacités industrielles et à tirer parti de la position géographique du pays pour en faire un centre logistique majeur. La Belgique, quant à elle, possède une vaste expérience dans les domaines portuaires, du transport, de l'entreposage, de la distribution, des douanes et des chaînes d'approvisionnement européennes intégrées. La coopération peut donc s'étendre au-delà des infrastructures physiques pour englober la gestion portuaire, les technologies logistiques, les systèmes numériques de gestion de la chaîne d'approvisionnement, les formalités douanières, l'entreposage et le développement de corridors commerciaux résilients.
L'importance stratégique de ce secteur s'est considérablement accrue en 2026, les perturbations du commerce maritime ayant mis en évidence la vulnérabilité des principales routes maritimes internationales. L'instabilité persistante autour du détroit d'Ormuz, du détroit de Bab el-Mandeb et de la mer Rouge a renforcé l'importance des routes alternatives, de la diversification des chaînes d'approvisionnement, de la vigilance maritime et d'infrastructures résilientes. Les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour renforcer la connectivité maritime et le rôle de la Belgique en tant que plateforme logistique européenne constituent un socle naturel pour la coopération dans ce domaine.
Défense et sécurité maritime La coopération en matière de défense et de sécurité revêt une importance renouvelée en 2026, face à la dégradation du contexte sécuritaire régional. L’Arabie saoudite a subi des attaques iraniennes, tandis que la sécurité des corridors maritimes du Golfe et de la mer Rouge est devenue de plus en plus précaire.
Parallèlement, l’Arabie saoudite cherche à renforcer ses capacités de défense et à développer une industrie de défense nationale plus intégrée.
La Belgique offre plusieurs capacités spécialisées pertinentes pour atteindre ces objectifs. Son expertise en matière de guerre des mines navales et de systèmes sousmarins, en particulier, a suscité un intérêt accru de la part des partenaires du Golfe. En mai 2026, les autorités belges ont accueilli des représentants des États du Golfe, dont l’Arabie saoudite, au Centre d’excellence de l’OTAN pour la guerre des mines navales et dans les locaux de la société technologique belge Exail, à Ostende. Les discussions ont porté sur le déminage, les drones sous-marins, la formation et la protection de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
L’importance de cette coopération s’est accrue, la sécurité maritime étant désormais directement liée à la sécurité économique et énergétique de l’Arabie saoudite. Le détroit d’Ormuz demeure crucial pour les marchés mondiaux de l’énergie, tandis que la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb sont essentiels à la connectivité commerciale et aux exportations de l’Arabie saoudite. Les menaces persistantes qui pèsent sur la navigation dans les deux zones d'opérations démontrent que la sécurité maritime n'est plus seulement une préoccupation militaire, mais un élément essentiel de la résilience économique.
Les compétences spécialisées de la Belgique peuvent ainsi compléter la modernisation de la défense menée par l'Arabie saoudite et contribuer à l'objectif du Royaume de développer une expertise et des capacités technologiques nationales.
Coordination politique et stabilité régionale Le dialogue politique constitue un fondement essentiel au développement de la coopération bilatérale. L’Arabie saoudite et la Belgique partagent un intérêt commun pour la stabilité internationale, le respect de la souveraineté, la protection humanitaire et le règlement pacifique des conflits régionaux. La position de la Belgique au sein de l’Union européenne confère également une dimension multilatérale importante à l’engagement politique bilatéral.
La question palestinienne est un domaine où les positions saoudienne et belge convergent de plus en plus. L’Arabie saoudite demeure un acteur diplomatique arabe et islamique central sur la question palestinienne, tandis que la Belgique soutient de plus en plus les efforts internationaux visant à préserver la solution à deux États et à renforcer les perspectives d’un État palestinien. Ceci ouvre des perspectives de coordination continue dans le cadre diplomatique euro-arabe.
Le Soudan représente un autre domaine où les rôles diplomatiques respectifs des deux pays peuvent se compléter. L’Arabie saoudite s’est directement engagée dans des efforts de médiation et de diplomatie humanitaire, tandis que la Belgique et l’Union européenne disposent d’instruments diplomatiques et humanitaires importants. La coordination peut ainsi contribuer aux efforts internationaux visant à préserver la souveraineté, l’intégrité territoriale et la stabilité du Soudan.
Plus largement, la Belgique peut jouer un rôle d'interlocuteur européen important pour l'Arabie saoudite sur les questions régionales, tandis que la position régionale de l'Arabie saoudite offre à la Belgique un partenaire précieux pour comprendre et gérer les évolutions dans le Golfe, la mer Rouge et le Moyen-Orient au sens large.
Conclusion Les relations saoudo-belges entrent dans une phase de dynamisme renouvelé, portées par le développement des liens économiques, la transformation du Royaume dans le cadre de sa Vision 2030 et l'évolution du contexte sécuritaire régional. La principale force de cette relation réside dans la complémentarité entre la puissance économique, la capacité d'investissement, l'influence régionale et les ambitions de développement de l'Arabie saoudite et les compétences pointues de la Belgique en matière de logistique, de produits pharmaceutiques, de santé, de technologies numériques, d'industrie de pointe, de développement durable et de sécurité maritime. La dimension sécuritaire prend également une importance croissante. Parallèlement, la coopération dans les domaines de la santé, des technologies, de la logistique et des matières premières critiques peut contribuer à l'objectif plus large du Royaume : développer une économie diversifiée et technologiquement avancée.
Les relations saoudo-belges sont ainsi bien placées pour évoluer vers un partenariat plus structuré et substantiel. En combinant les compétences industrielles et technologiques spécialisées de la Belgique avec le programme de transformation, la capacité d'investissement et la position régionale de l'Arabie saoudite, les deux pays peuvent approfondir leurs relations économiques bilatérales tout en contribuant à la résilience des chaînes d'approvisionnement, à la sécurité maritime, au développement technologique et à une coopération euro-saoudienne renforcée.
Dr. Abdulaziz Sager est le Président et Fondateur du Gulf Research Center (GRC)